Il y a un mois que j'ai lu ce livre, et au moment de rédiger ma chronique, Nabil m'accompagne toujours au quotidien. C'est un livre fort, puissant, magnifique, un livre teinté d'espoir et de résilience.Julien Desmonges est un photographe français qui circule dans Gaza dévastée, tout est chaos, désarroi, désolation ; immeubles éventrés, gravats, poussière fumante. Au milieu de tout cela entre l'étal d'un boulanger et d'un cordonnier, une devanture avec des centaines de livres et un homme âgé s'accrochant à ses bouquins qu'il lit dans les décombres.'Un vieux libraire accroché encore à ses bouquins qui lit à deux pas des ruines. Comme si les mots pouvaient le sauver du bruit, de la souffrance, de la mort lente de la ville.'Julien veut le prendre en photo, Nabil, le narrateur lui suggère de se rencontrer autour d'une tasse de thé et d'écouter son histoire.'Mais n'y a-t-il pas derrière tout regard une histoire ? Celle d'une vie . Celle d'un peuple parfois.'Il lui offre des livres ("La comédie humaine" de Malraux et "La terre nous est étroite et autres poèmes" de Mahmoud Darwich) et lui suggère de les lire et de le revoir le lendemain.Nabil Al Jaber va lui raconter sa vie, son histoire, celle de son peuple, de son pays. Nabil est né en 1948, il est Palestinien, il a fait ses premiers pas dans un camp de réfugiés, il a toujours connu l'exode, la résistance, l'enfermement, la peur, la répression. Il a toujours gardé l'espoir, a appris à accepter , les mots sauvent, aident, le théâtre lui a permis de comprendre la littérature, de saisir le pouvoir des mots salvateurs.Un roman trop court, puissant, pudique sur la mémoire, la résilience. Un style sobre et dépouillé, il va à l'essentiel. Un texte bouleversant qui permet de voir la guerre par le regard de ceux qui la subissent. Un hommage aux livres, aux mots qui permettent l'espoir, de voir une beauté dans ce monde en perdition.A lire absolument.Immense coup de coeur ♥♥♥♥♥Les jolies phrasesVous savez, ici, chaque livre a son histoire et sa place réservée. Vous pouvez choisir, bien sûr. Mais les livres, eux, choisissent aussi les lecteurs.Le lecteur est un prisonnier consentant, attaché à l'illusion que chaque page tournée le libèrera.On sous-estime toujours combien une occupation peut se substituer au monde.Toute leur vie, bien des Palestiniens n'auront connu que ce traitement. Et toute leur vie également, bien des Israéliens ne se seront représenté les Palestiniens que comme des terroristes. Ces images inversées expliquent l'impossible réconciliation.Lis lis jusqu'à perdre la raison. Mais lis, petit frère, lis.