« Composer de petits récits édifiants » notait en 1852 dans ses carnets le jeune Léon Tolstoï trente ans avant de rédiger ces contes.
Traduits en français en 1886, peu après leur parution en russe, ils furent alors publiés en deux volumes, sous les titres À la recherche du bonheur et Ivan l’Imbécile. Inspirés aussi bien des Histoires d’Hérodote que de contes orientaux entendus chez les Bachkirs de l’oblast de Samara, mais aussi de ses propres réflexions, ces fables, qui ont parfois l’allure de paraboles, explorent « les graves questions de l’essence de la vie, du parfait bonheur, de la vérité » nous dit sa traductrice.
Exaltant la nature et le monde paysan, ces textes, qui nous plongent dans la vie quotidienne des moujiks de son époque, ont d’abord été écrits pour eux. En effet, suivant son idée que l’essence de l’enseignement religieux est ce qui est compréhensible par tout le monde dans les Évangiles, l’auteur voulait que, loin des dogmes, l’esprit du Christ puisse atteindre le plus simple des hommes, fût-il illettré.
Du savetier qui attend Jésus, avant de comprendre qu’il l’a déjà rencontré, à celui qui sans le savoir l’a recueilli, des diablotins qui déploient mille ruses pour corrompre les hommes, au paysan qui voulait plus de terre qu’il ne pouvait en faire le tour, du marchand condamné injustement qui se libère sans s’évader, aux voisins qui pour un œuf ont tout perdu jusqu’à trouver le pardon, Tolstoï, convaincu que la conscience des humains est guidée par la lumière divine, se donne pour mission ici de la révéler dans les actions des plus humbles, mais parfois aussi des plus habiles qui avaient perdu leur âme. Influencé par Proudhon et Kropotkine, mais aussi par Rousseau, il plaide, à travers ces récits, en faveur du droit naturel de tout homme à la terre, et du droit de chacun au bénéfice de son travail, laissant transparaître sa méfiance envers l’État et sa violence, car « seule l’obéissance à la loi morale doit gouverner l’humanité ».